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Elections en Tunisie, fin de la première phase d’inscription des électeurs.

8 septembre 2011

La déclaration du Centre Carter publiée le 02 septembre 2011 évaluant le processus d’inscription
des électeurs en Tunisie, constate qu’il a été conduit paisiblement à travers le pays mais que
d’importants défis opérationnels restent à relever par l’Instance Supérieure Indépendante pour les Elections (ISIE), en particulier en ce qui concerne l’affectation des électeurs dans les bureaux de vote et la campagne de sensibilisation des électeurs pour diffuser les informations clés au public.

images1L’ONG Américaine recommande l’intensification des activités de sensibilisation par l’ISIE et les autres parties prenantes pour accompagner les Tunisiens dans le processus électoral. Un processus électoral crédible et réussi sera une étape essentielle de la transition démocratique et pour la stabilité de la Tunisie.

L’inscription des électeurs a démarré le 11 juillet, initialement pour une période de trois semaines, et a ensuite été prolongée jusqu’au 14 août, mesure positive pour augmenter la participation. Environ 1000 centres d’inscription, y compris des centres mobiles, ont opéré sous la supervision de l’ISIE et de ses bureaux régionaux dans les 27 circonscriptions électorales. Les Tunisiens résidant à l’étranger avaient l’opportunité de s’inscrire auprès des missions diplomatiques et consulaires jusqu’au 28 août.

Malgré de nombreux défis, comprenant des problèmes techniques avec le système d’enregistrement en ligne lors du lancement de l’opération, la désignation tardive des membres des Instances Régionales Indépendantes pour les Elections (IRIE), le démarrage tardif de la campagne de sensibilisation, ainsi que des incohérences dans la mise en œuvre des procédures, en particulier en ce qui concerne l’exigence que les individus s’inscrivent personnellement, le processus d’inscription des électeurs a été mené de manière pacifique à travers le pays. Selon l’ISIE, 3 882 727 citoyens se sont inscrits en Tunisie, ce qui représente environ 55% de la population électorale estimée.

L’inscription n’était pas une condition nécessaire pour que l’électeur figure sur la liste électorale
provisoire établie à partir de la base de données des cartes nationales d’identité. En revanche, le
processus d’inscription des électeurs a été réalisé comme un exercice « passif », les personnes
inscrites ayant l’opportunité de mettre à jour leurs données et de choisir un bureau de vote le
plus proche de leur lieu de résidence le jour du vote. Étant donné qu’environ 45% des électeurs
potentiels n’a pas participé à l’inscription, le Centre Carter encourage l’ISIE à envisager des mesures additionnelles et des mécanismes appropriés pour s’assurer que tous les électeurs puissent identifier l’emplacement de leur bureau de vote. Les informations rapportées par la presse tunisienne au sujet d’une annonce récente par l’ISIE indiquent que les électeurs potentiels qui n’ont pas participé à l’enregistrement des électeurs seront autorisés à sélectionner l’emplacement de leur bureau de vote du 4 au 20 septembre. Bien que des informations supplémentaires soient nécessaires pour confirmer quels mécanismes seront utilisés, le Centre Carter encourage et accueille ces efforts, qui visent à atténuer les risques de confusion le jour du scrutin.

Le Centre Carter a également constaté le dévouement des autorités électorales dans l’exécution de leurs responsabilités. Cependant, le Centre souligne l’importance pour l’ISIE de prendre des mesures pour s’assurer que l’Organe Technique, Administratif et Financier (OTAF) soit doté de toutes les ressources humaines nécessaires, afin de renforcer les capacités de l’ISIE à préparer et gérer les opérations électorales et de parvenir à une meilleure coordination entre l’instance centrale et les instances régionales.

Le faible taux de participation dans la phase initiale de l’inscription des électeurs a été encore
plus perceptible pendant la phase d’affichage et de réclamations, lorsque les électeurs ont eu
l’opportunité de vérifier la liste électorale provisoire du 20 au 26 août. À la lumière de ce constat, le Centre Carter encourage l’ISIE à anticiper le lancement de campagnes d’information des électeurs, et à diffuser des messages spécifiquement conçus pour chacune des phases du processus électoral.

Le Centre Carter apprécie l’approche coopérative dont ont fait preuve les autorités électorales à
l’égard des observateurs, y compris en délivrant l’accréditation en temps utile. Afin de renforcer
davantage la transparence, et aussi incite les autorités électorales à poursuivre les consultations
régulières avec toutes les parties prenantes au processus électoral, ainsi qu’à rendre largement
accessible tous les documents officiels, notamment par le biais du site Internet de l’ISIE.

Source : Carter Center.

Les sociaux-démocrates sont-ils donnés favoris des élections législatives qui se dérouleront le 15 septembre au Danemark ?

6 septembre 2011
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Lars Lokke Rasmussen, premier ministre dannois

Le 26 août, le Premier ministre danois Lars Lokke Rasmussen (Parti libéral, V) a annoncé que les prochaines élections législatives se tiendraient le 15 septembre. Le chef du gouvernement devait convoquer ce scrutin avant le 13 novembre prochain.
Le Premier ministre a tenu à expliquer que les élections législatives devaient, selon lui, avoir lieu avant la prochaine session du parlement, prévue en octobre prochain, afin que le gouvernement puisse mettre en œuvre au plus vite les réformes nécessaires à la relance de l’économie. Les récents scrutins législatifs ont toujours été anticipés dans le royaume. En 2001, les élections ont été organisées 4 mois avant la fin du mandat du parlement, en 2005, 9 mois plus tôt et en 2007, 15 mois avant. La date du scrutin a été fixée 3 semaines avant le jour du vote. “Il est habituel au Danemark que le Premier ministre annonce l’organisation d’élections législatives de cette façon et il essaie toujours de le faire de façon inattendue. C’est une sorte de pouvoir dont dispose le chef du gouvernement” a précisé Soren Risberg Thomsen, professeur de science politique à l’université Aarhus.
Le scrutin législatif se déroule traditionnellement le mardi dans le royaume, à l’exception de celles de 1990 et 1994 qui ont été organisées un mercredi. Cette année, les élections auront lieu un jeudi.

Un pays touché par la crise économique

Les questions économiques (la relance de la croissance et le redressement des finances publiques) seront l’un des enjeux principaux des élections. Le Danemark, dont le PIB s’est contracté de 0,1% au 1er trimestre 2011 et qui a eu une croissance négative au trimestre précédent, est en récession. “La situation de l’économie nationale ou comment ramener la croissance au Danemark ? sera le thème majeur de la campagne électorale” a affirmé Peter Goll, analyste au cabinet de consultants Geelmuyden.Kiese. “Ces élections législatives se feront sur les thèmes de la relance de la croissance, de l’amélioration de l’emploi. Ensuite, elles se feront sur la façon de garantir l’Etat-providence” a indiqué Lars Andersen, directeur du Conseil économique du mouvement du travail.

Lors des dernières semaines, gouvernement et opposition ont présenté chacun leur plan pour sortir le pays de la crise économique. Le 23 août dernier, le Premier ministre Lars Lokke Rasmussen a dévoilé son “plan de croissance durable” destiné à stimuler la croissance du pays durant les 2 années à venir. “Quand le monde est aussi incertain qu’il l’est, nous avons besoin de bien baliser le chemin à suivre, c’est la tâche à laquelle s’attelle le gouvernement. La solution réside dans la prise de responsabilité économique qui fait du Danemark l’un des pays les plus sûrs du monde et non dans un endettement incontrôlé et des hausses d’impôts. Nous ne voulons pas créer de la croissance par l’emprunt” a déclaré le chef du gouvernement, ajoutant “En pleine crise de la dette, les Danois ont le choix entre un endettement incontrôlé ou une politique fiscale responsable et la permanence de l’Etat-providence”.
Le plan de croissance durable, dont le montant est de 10,8 milliards de couronnes (1,4 milliard €) devra relancer le secteur de la construction (nouvelles dépenses publiques notamment dans les infrastructures routières et ferroviaires , aide au marché immobilier suspension de certaines taxes d’habitation ainsi que des frais d’enregistrement des propriétés et soutien à l’investissement et à la consommation privés).
Selon le ministère des Finances, le déficit du pays, qui s’est élevé à 2,8% du PIB l’an passé, devrait atteindre 68 milliards de couronnes (9, 1 milliards €), soit 3,8% du PIB, cette année et près de 85 milliards de couronnes (11,4 milliards €) en 2012 (4,6% du PIB), soit + 5 milliards par rapport à ce qui avait été annoncé en mai dernier. La faiblesse de la consommation, les prévisions de croissance internationale en baisse et la chute des Bourses a accru la pression sur les finances publiques a indiqué le ministre des Finances, Claus Hjort Frederiksen, pour expliquer la hausse du déficit budgétaire au-delà du plafond des 3% fixés par le Pacte de stabilité et de croissance de l’Union européenne. Le ministère des Finances a également revu à la baisse son estimation de la croissance du royaume pour 2011. Celle-ci devrait s’établir à 1,3% du PIB (et non 1,9% comme annoncé en mai dernier) ; elle atteindrait 1,8% en 2012. “Le monde est d’une certaine façon différent aujourd’hui de ce qu’il était avant l’été” a souligné Claus Hjort Frederiksen, pour expliquer la révision à la baisse des prévisions économiques. Le plan de relance contient des mesures pour accroître l’activité économique et créer 8 000 emplois nouveaux. Le taux de chômage s’élevait à 4% de la population active en juin dernier. “Le programme de croissance durable est entièrement financé et ne remet pas en cause l’objectif d’équilibrer le budget en 2020″ a t-il ajouté.
Le Premier ministre Lars Lokke Rasmussen a également présenté sa proposition de budget. Celle-ci prévoit des mesures d’austérité mais le gouvernement a cependant promis d’augmenter les budgets de l’éducation et de la santé. Avant la crise économique, en 2007, le budget du Danemark avait été excédentaire de plus de 80 milliards de couronnes. “Ce programme constitue la réponse du gouvernement à une crise internationale renouvelée et aux élections législatives à venir ; il consiste fondamentalement en mesures classiques de dépenses budgétaires” a déclaré Steen Bocian, économiste à la Danske Bank.

Le 21 août dernier, l’opposition de gauche avait présenté son propre plan de relance de l’économie. Celui-ci prévoyait des dépenses d’un montant quasiment équivalent dans les infrastructures, de l’éducation, de la santé et des énergies renouvelables. Le financement de ce plan devrait provenir de nouvelles taxes sur les banques, des gains du capital et des Danois les plus fortunés. “En cette période de crise internationale de la dette qui affecte aussi le Danemark, notre économie a besoin de politiques économiques responsables, pas de souhaits irresponsables” a déclaré le Premier ministre Lars Lokke Rasmussen en parlant des propositions de l’opposition de gauche.

La situation politique

Le gouvernement de Lars Lokke Rasmussen allie le Parti libéral et le Parti conservateur (KF) de Lars Barfoed. Ancien ministre des Finances, le chef du gouvernement actuel a remplacé en avril 2009 Anders Fogh Rasmussen (V) après la nomination de celui-ci au poste de secrétaire général de l’OTAN. Le gouvernement est minoritaire au Parlement depuis son arrivée au pouvoir en 2001. Il bénéficie du soutien du Parti du peuple danois (DF), parti populiste d’extrême droite dirigé par Pia Kjaersgaard. Cet appui était conditionné à un important durcissement par le gouvernement de la législation danoise en matière d’immigration. De fait, le Danemark est l’un des Etats membres les plus fermés aux étrangers.
Ainsi, il est indispensable d’être âgé d’au moins 24 ans pour être autorisé à faire venir dans le royaume un conjoint étranger (qui doit lui aussi être âgé d’au moins 24 ans). Ce dernier doit également posséder de forts liens avec le Danemark (plus qu’avec tout autre pays tiers), payer une caution de 100 000 couronnes (13 400 €) et enfin habiter un appartement aux normes. En 2002, on a dénombré 8 151 regroupements de conjoints pour seulement 3 525 en 2005.
Au printemps 2011, le parlement a voté une nouvelle loi restreignant l’accès des immigrés aux cartes de séjour. Un système de permis à points combinant la connaissance du danois et la situation professionnelle de la personne a été mis en place.
Sous la pression du Parti du peuple danois, le Danemark a également rétabli le 1er juillet dernier les contrôles douaniers permanents à ses frontières, une mesure très critiquée par ses partenaires de l’Union européenne.

Le Premier ministre sortant a déclaré le 26 août dernier que sa coalition gouvernementale ferait campagne en direction du centre et non de l’extrême droite. “Le Parti libéral et le Parti conservateur se présentent pour obtenir un nouveau mandat et sécuriser les finances publiques dans un monde marqué par l’agitation des marchés et les crises de la dette” a indiqué Lars Lokke Rasmussen.
Les partis du gouvernement abordent cependant les élections législatives en position de faiblesse. Devancés par l’opposition de gauche dans les enquêtes d’opinion, ils ont également échoué à obtenir le soutien du Parti du peuple danois à leur plan de relance économique.

Après dix années dans l’opposition, le Parti social-démocrate (SD), emmené par Helle Thorning-Schmidt espère former un gouvernement majoritaire avec ses alliés du Parti populaire socialiste (SF), dirigé par Villy Sovndal, à l’issue du scrutin. “Après dix années de gouvernement de droite, le pays piétine” a déclaré la leader de l’opposition. “La crise a été dure avec le Danemark. Nous avons 175 000 personnes sans emploi et nos entreprises ont besoin de commandes” a-t-elle ajouté.
L’opposition a promis d’assouplir la politique en matière d’immigration et de revenir sur la décision du gouvernement de réintroduire des contrôles douaniers à ses frontières terrestres si elle remportait les prochaines élections législatives.

Le Parti social-libéral (RV), positionné au centre sur l’échiquier politique mais qui depuis les années 1990, a coopéré essentiellement avec les sociaux-démocrates, s’est souvent trouvé dans le passé dans la position de faiseur de rois. Sa leader, Marghrethe Vestager, a répété sur la chaîne de télévision TV2 qu’elle soutenait la candidature de Helle Thorning-Schmidt au poste de Premier ministre.

Le système politique danois

Le Folketing, parlement monocaméral, comprend 179 membres élus pour 4 ans au scrutin proportionnel selon la méthode de Sainte-Lagüe. Pour présenter des listes aux élections législatives, tout parti doit être représenté au parlement au moment de la tenue du scrutin. Si tel n’est pas le cas, il lui faut alors recueillir un nombre de signatures correspondant à 1/175e des suffrages déclarés valides lors du précédent scrutin législatif.
La province du Groenland et celle des îles Féroé disposent chacune de 2 représentants. Les 175 autres sièges sont répartis entre 3 régions : Copenhague, le Jutland et les îles. Ces trois régions sont subdivisées en 3 circonscriptions urbaines et 7 circonscriptions rurales. Le nombre de sièges alloués à chacune d’entre elles, proportionnel au nombre de ses habitants, est revu tous les 5 ans. Le calcul effectué (addition de la population, du nombre d’électeurs aux dernières élections législatives et de la surface de la circonscription en kilomètres carrés multipliée par vingt, le résultat étant ensuite divisé par 175) favorise les régions faiblement peuplées.
La répartition des sièges du parlement se fait en deux temps, tout d’abord par parti puis par candidat. 135 des 175 sièges du Folketing sont des sièges de circonscription, les 40 restants sont des sièges compensatoires. Ceux-ci permettent d’assurer une représentation nationale aux “petits” partis. Pour accéder à la répartition des sièges compensatoires, un parti doit avoir obtenu un minimum de sièges dans une circonscription donnée ou encore un nombre de suffrages supérieur ou égal au nombre de voix nécessaires à l’obtention d’un siège dans au moins 2 des 3 régions du royaume ou encore au moins 2% des suffrages exprimés au niveau national.
Si les principes d’organisation des élections législatives sont inscrits dans la Constitution danoise de 1953, en revanche, le royaume ne possède pas de règle pour la conduite de la campagne électorale et n’impose aucune limite en matière de financement du scrutin.
Dans la perspective des élections législatives, les partis politiques ont débuté leur campagne depuis le début de l’année 2011.

8 partis politiques sont représentés dans l’actuel Folketing:
- Le Parti libéral (V), parti du Premier ministre sortant Lars Lokke Rasmussen. Fondé en 1870, il compte 46 députés ;
- Le Parti social-démocrate (SD), principal parti d’opposition dirigé depuis 2005 par Helle Thorning-Schmidt, possèdent 45 sièges ;
- Le Parti du peuple danois (DF), parti populiste d’extrême droite fondée en 1995 et dirigé par Pia Kjaersgaard. Soutien de la coalition gouvernementale au parlement, il compte 25 députés ;
- Le Parti socialiste populaire (SF), parti d’opposition créée en 1959 par un ancien président du Parti communiste danois exclu du parti pour avoir critiqué l’intervention de l’Union soviétique en Hongrie en 1956. Rassemblant socialistes et écologistes et dirigé par Villy Sovndal, il possède 23 sièges ;
- Le Parti conservateur (KF), fondé en 1915, membre de la coalition gouvernementale et dirigé par Lars Barfoed, possède 18 sièges ;
- Le Parti social-libéral (RV), parti d’opposition créé en 1905 et dirigé par Marghrethe Vestager, compte 9 députés ;
- Nouvelle alliance (Y) (devenue Alliance libérale), fondée en 2007 par des dissidents du Parti social-libéral et du Parti conservateur. Dirigée par Anders Samuelsen, elle possède 5 sièges ;
- la Liste de l’unité (E), fruit de l’alliance du Parti communiste (DKP), du Parti des travailleurs socialistes (SA) et de la Gauche socialiste (VS). Elle n’a pas de leader mais est dirigée par un comité exécutif de 25 personnes. Elle compte 4 députés.

La dernière enquête d’opinion réalisée par l’institut Megafon et publiée le 26 août dernier par le quotidien Politiken crédite l’opposition de gauche de 52,2% des suffrages et de 90 sièges au Folketing, soit la majorité au parlement. La coalition gouvernementale et son allié parlementaire du Parti du peuple danois recueilleraient ensemble 47,8% des voix, soit 85 sièges. Le sondage de l’institut Voxmeter pour l’agence Ritzau crédite l’opposition de gauche de 96 députés et la coalition de droite alliée aux populistes dirigés par Pia Kjaersgaard de 79 sièges. “Les enquêtes d’opinion donnent une nette avance à l’opposition. Il faudrait un événement de taille pour que Lars Lokke Rasmussen l’emporte” analyse Peter Goll du cabinet de consultants Geelmuyden.Kiese.
En cas de victoire de l’opposition de gauche, Helle Thorning-Schmidt pourrait devenir la première femme à diriger le gouvernement danois.

Source :  Fondation Robert Schuman.

Les Lettons décideront de l’avenir de leur Parlement le 23 juillet prochain

28 juin 2011

“Etes-vous pour ou contre la dissolution du parlement ?”, telle est la question à laquelle sont appelés à répondre 1,5 million de Lettons lors d’un référendum qui se tiendra le 23 juillet prochain. Cette consultation populaire est la conséquence de l’annonce, le 28 mai dernier, du président de la République sortant Valdis Zatlers, de dissoudre la Saeima (chambre unique du Parlement). Pour être effective, cette dissolution doit impérativement être confirmée par un référendum populaire. Si les Lettons répondent “oui” le 23 juillet, la Saeima sera dissoute et de nouvelles élections législatives seront organisées, probablement en septembre. Dans le cas contraire, le chef de l’Etat devra démissionner et le parlement restera en place.
Aucun quorum de participation minimum n’est exigé pour valider le résultat du référendum qui sera décidé à la majorité simple des suffrages.

Autre conséquence de la décision du président sortant : celui-ci a été remplacé le 2 juin dernier à la tête de l’Etat par Andris Berzins (proche de l’Union des paysans et des Verts, ZZS), élu par 53 des 100 membres du Parlement. Candidat à sa réélection, soutenu par Unité (V), coalition du Premier ministre Valdis Dombrovskis (qui rassemble Nouvelle ère, dirigée par Solvita Aboltina, l’Union civique, présidée par Girts Valdis Kristovskis, et la Société pour une autre politique (SCP), conduite par Aigars Stokenbergs) et par l’Union nationale, coalition qui regroupe Tous pour la Lettonie (VL), Valdis Zatlers n’a obtenu que 41 voix à l’élection présidentielle. Il avait indiqué être conscient des conséquences que sa décision pouvait avoir sur ses chances d’être réélu à son poste.

Le coup de tonnerre de la décision de Valdis Zatlers

Le 28 mai dernier, le président sortant informe ses compatriotes lors d’une intervention télévisée de sa décision de dissoudre la Saiema, conformément aux pouvoirs que lui donne l’article 48 de la Constitution. “Je veux donner l’espoir de changer les choses. Nous devons mettre un point final à des comportements qui vont contre les intérêts de notre peuple et de notre pays. C’est la raison pour laquelle je voulais vous dire en direct que j’ai signé le décret présidentiel demandant la dissolution du parlement et soumis celui-ci à la Cour constitutionnelle. Le décret prend effet immédiatement” a-t-il déclaré.

Valdis Zatlers

Valdis Zatlers

Valdis Zatlers justifie son geste par le refus des parlementaires, le 26 mai dernier, de lever l’immunité d’un député, Ainars Slesers, leader de “Premier parti de Lettonie-Voie lettone” (LPP-LC), ancien vice-maire de Riga, soupçonné de versement et d’acquisition de pots-de-vin, de blanchiment d’argent, de fausses déclarations et d’abus de pouvoir. Le vote des députés avait empêché le parquet d’effectuer une perquisition à son domicile. Plusieurs entreprises, parmi lesquelles le port commercial de Riga, Euroline et Baltic Aviation System, avaient déjà été perquisitionnées. Ainars Slesers dément cependant que ces entreprises, qui n’apparaissent pas dans sa déclaration d’impôt, lui appartiennent et affirment qu’elles sont la propriété de son associé, Viesturs Koziols.

Le 20 mai dernier, le Bureau de la prévention et du combat contre la corruption (KNAB) avait ouvert une enquête sur des allégations de blanchiment d’argent, corruption, transactions frauduleuses, abus de pouvoir et fausses déclarations mettant en cause plusieurs hommes politiques. Lors d’une perquisition menée au domicile d’Aivars Lembergs (ZZS), maire de Ventspils depuis 1988 et poursuivi par la justice pour corruption et blanchiment d’argent, les forces de police avaient saisi des documents concernant le leader du Parti populaire (TP), Andris Skele, et l’ancien ministre Ainars Slesers. Les partis de ces deux hommes se sont unis le 26 avril 2010 au sein d’un mouvement appelé “Pour une bonne Lettonie”.

“Le vote de la Saiema résonne comme une alarme qui révèle un conflit sérieux entre le pouvoir législatif et l’autorité judiciaire, deux des trois pouvoirs sur lesquels notre pays est fondé” a affirmé Valdis Zatlers qui a précisé que ce n’était pas la première fois que la Saeima faisait fi du système judiciaire, allusion à l’opposition des parlementaires en avril 2010 à la réélection de Janis Maizitis au poste de Procureur général. “Le parlement a manqué de respect et fait preuve de méfiance à l’égard de la compétence des autorités judiciaires. Il a davantage défendu les intérêts d’un groupe de personnes que ceux de l’Etat et les gens ont constaté que les députés se défendaient d’abord les uns les autres. Les Lettons ont fait de nombreux sacrifices, était-ce pour autoriser le vol de l’Etat ? Les hommes politiques doivent conclure une nouvelle entente avec le peuple afin d’agir dans l’intérêt public. Les Lettons veulent une classe politique plus propre et moins liée à l’argent” a ajouté le chef de l’Etat.

Le 29 mai, interrogé sur les noms des oligarques qu’il mettait en cause, Valdis Zatlers a cité les noms des “trois A” comme il est coutume d’appeler Aivars Lembergs, Ainars Slesers (vice-Premier ministre, 2002-2004, ministre des Affaires économiques, 1998-1999 et ministre des Transports, 2004-2009) et Andris Skele (Premier ministre, 1995-1997 et 1999-2000), tous 3 à la fois responsables politiques et hommes d’affaires qui font l’objet d’enquêtes policières et judiciaires depuis 20 ans.
Aivars Lemberg a accusé Vladis Zatlers de mensonge et affirmé que cette campagne contre lui était financée par George Soros “qui a reçu le président de la République sortant de façon très cordiale lors de la récente visite de ce dernier à New York”.
Ainars Slesers estime que la dissolution du parlement est anticonstitutionnelle. Il n’a cependant pas l’intention d’entamer un recours devant la justice considérant que les tribunaux ne pourront se prononcer avant la tenue du référendum. “Ce n’est pas le premier scandale où mon nom est cité. Chacun d’entre eux laisse des traces mais je pense que nos électeurs sont raisonnables” a-t-il déclaré.

Le 26 mai dernier, la coalition Unité du Premier ministre Valdis Dombrovskis et l’Union nationale, coalition qui regroupe Tous pour la Lettonie (VL) avaient voté en faveur de la levée de l’immunité parlementaire d’Ainars Slesers tandis que l’Union des paysans et des Verts (ZZS), membre du gouvernement, s’y était opposée. Valdis Dombrovskis a assuré avoir eu alors une conversation sérieuse avec ses alliés qu’il a accusé d’avoir également tout fait pour que la loi sur le financement des partis politiques ne soit pas votée. “Nous avons atteint un certain seuil et la coalition gouvernementale pourrait ne pas survivre à un vote similaire. Ceci est un carton jaune et deux cartons jaunes équivalent à un carton rouge” avait indiqué le Premier ministre aux députés du ZZS.

Quelles conséquences pour la Lettonie ?

Plusieurs options s’ouvrent à Valdis Zatlers : il pourrait créer son propre parti politique, rejoindre un parti existant ou encore créer une nouvelle organisation non gouvernementale. Le président sortant devrait révéler ses projets le 8 juillet prochain, jour où Andris Berzins lui succèdera à la tête de l’Etat.
Valdis Zatlers a par ailleurs décidé de remplacer le 3 juillet prochain la traditionnelle réception présidentielle de fin de mandat par un événement public qui se déroulera en plein air dans le jardin Liktendarzs de Koknese. Ce choix n’est pas anodin car ce lieu a une signification particulière pour les Lettons : il symbolise la lutte contre les régimes totalitaires qui ont sévi dans le pays au XXe siècle.
Par ailleurs, la coalition Unité dont les 3 partis fusionneront pour former un seul parti politique le 6 août prochain, une décision saluée par le chef de l’Etat sortant, a invité Valdis Zatlers à la rejoindre.

Selon Andris Ozols, directeur de l’Agence lettone d’investissement et de développement, les derniers événements politiques ont eu peu d’incidence sur le comportement des investisseurs et des analystes économiques. Ces derniers ont récemment félicité le pays pour son retour sur les marchés financiers. La Lettonie vient en effet de lancer une émission d’euro-obligations d’une valeur de 500 millions $ (350 millions €) sur les marchés internationaux dont elle était absente depuis plus de 3 ans. Le journaliste de l’hebdomadaire The Economist, Edward Lucas, a souligné que le pays était sorti de la précarité financière et que la crise politique pourrait être contenue.
L’agence de notation Moody’s a d’ailleurs relevé la perspective de la Lettonie de stable à positive (Baa3). Les exportations et les investissements continuent de progresser et la croissance du PIB s’est élevée à 3,4% durant le premier quart de cette année. Enfin, le déficit budgétaire devrait atteindre 4,5% du PIB cette année et passer sous la barre des 3% exigé par le Pacte de stabilité et de croissance de l’Union européenne en 2012.

Le 16 juin dernier, le gouvernement a mis fin au mandat du chef du Bureau de la prévention et du combat contre la corruption, Normunds Vilinitis, qui avait été nommé à ce poste par le gouvernement du Premier ministre (2007-2009) Ivars Godmanis (Premier parti de Lettonie-Voie lettone, LPP-LC) au début de l’année 2009, confirmant le vote du parlement quelques jours plus tôt. Son adjointe Juta Strike assurera l’intérim jusqu’à la désignation de son successeur.

Les partis politiques semblent désireux de se refaire une virginité politique avant les élections législatives que tous anticipent pour l’automne prochain. La majorité des analystes politiques estiment que les Lettons confirmeront la dissolution voulue par le président sortant. “Les partis qui ont empêché la réélection de Valdis Zatlers pourraient recevoir la monnaie de leur pièce lors du prochain scrutin législatif” a souligné l’analyste économique Aidan Manktelow. Selon les enquêtes d’opinion, des élections législatives anticipées devraient profiter aux forces nationalistes, de droite comme de gauche, ainsi qu’au Centre de l’harmonie. Le 21 juin, une enquête d’opinion attribuait au Centre de l’Harmonie 18.5%, 14.7% à la coalition Unité, 10.5% au ZZS et 8,8% à la coalition Tous pour la Lettonie (VL).

Le 8 juin dernier, 6 000 personnes se sont rassemblées sur une île du centre de Riga pour les “funérailles des oligarques”. L’idée maîtresse de la manifestation était d’inciter les Lettons à boycotter les oligarques, c’est-à-dire à décliner leurs faveurs, renoncer à les servir dans les restaurants, cesser toute représentation théâtrale auxquelles ils assisteraient, refuser tout emploi dans des institutions où des oligarques seraient présents, etc. Les personnes présentes ont été invitées à lire la presse et à sortir de leur passivité. Les organisateurs ont créé un site www.manabalss.lv (mana balss signifie “ma voix” en letton) afin de mobiliser la population à l’action publique, notamment à travers la signature de pétitions. Ainsi, plus de 2 000 personnes ont d’ores et déjà voté en faveur d’une proposition d’amendement des règles de procédure de la Saeima qui permettrait d’inscrire à l’agenda du parlement toute initiative publique signée par au moins 10 000 électeurs.

Premier président de la République à utiliser son pouvoir de dissolution du parlement dans l’histoire de la Lettonie, Valdis Zatlers est devenu aux yeux de certains un héros en décidant de convoquer un référendum. D’autres, en revanche, regrettent que le chef de l’Etat ait pris le risque de plonger dans une crise politique un pays fortement ébranlé par la crise économique internationale qui retrouve difficilement le chemin de la croissance. D’autres encore estiment que Valdis Zatlers, qui craignait de ne pas être réélu à son poste, a réalisé un coup politique en utilisant la dissolution comme porte de sortie.
“Valdis Zatlers a brisé 20 ans d’influence des oligarques” a déclaré l’ancienne présidente de Lettonie Vaira Vike-Freiberga (1999-2007). “L’élection d’Andris Berzins marque un immense pas en arrière sur le chemin vers l’indépendance du pays à l’égard des oligarques” a t-elle ajouté. “Je pense que le président de la République Valdis Zatlers a pris une décision importante pour réduire de façon substantielle le rôle des oligarques en politique” a affirmé le Premier ministre Valdis Dombrovskis.

SOURCE : Fondation Robert Schuman